J'ai cherché les métiers du futur dans 303 443 offres d'emploi réelles. Il y a quatre postes en robotique.
Quatre juillets, 303 443 offres du Guichet-Emplois, comptées une à une. Le mot « robot » apparaît 4 fois, « prompt » jamais — et la classification officielle canadienne n'a de case pour aucun des deux.
Quatre
J'ai téléchargé quatre fichiers : les offres d'emploi publiées sur le Guichet-Emplois du Canada en juillet 2023, juillet 2024, juillet 2025 et juillet 2026. Même mois, quatre années, pour neutraliser la saisonnalité. 303 443 offres au total.
Puis j'ai cherché les métiers du futur dedans.
| Dans le titre du poste | juil. 2023 | juil. 2024 | juil. 2025 | juil. 2026 |
|---|---|---|---|---|
| robot, cobot, mécatronique | 4 | 5 | 14 | 4 |
| IA, intelligence artificielle, apprentissage automatique | 3 | 3 | 14 | 40 |
| drone, télépilote | 1 | 130 | 45 | 30 |
| cybersécurité | 55 | 48 | 49 | 39 |
| prompt | 0 | 0 | 0 | 0 |
| total des offres | 96 962 | 95 790 | 58 692 | 51 999 |
Quatre offres en robotique pour tout le Canada au mois de juillet 2026. Zéro offre contenant le mot « prompt » en quatre ans, sur 303 443 annonces.
Ce n'est pas le constat que je m'attendais à écrire, et surtout ce n'est pas celui qu'on croit. Ce chiffre ne dit pas que la robotique n'embauche pas. Il dit quelque chose de plus intéressant, et de plus utile si tu es en train de choisir une orientation ou d'embaucher.
Ce que contiennent réellement ces quatre offres
Je suis allé les lire une par une. Un technicien de matériel de robotique en Ontario, à 18-25 $ l'heure. Un ingénieur en robotique en Colombie-Britannique, à 47,50 $. Un ingénieur en mécatronique au Québec, à 28-32 $. Un technicien de recherche en robotique et automatisation en Alberta, à 71 741 $ par année.
Quatre vrais postes, quatre vraies fourchettes. Rien d'anormal — sauf le nombre.
Du côté de l'IA, les 40 offres se ramènent à beaucoup moins de diversité qu'il n'y paraît. Vingt-quatre portent le même titre, « concepteur/conceptrice en IA ». Onze portent « analyste - intelligence artificielle », et huit d'entre elles affichent exactement la même fourchette : 30 à 69,74 $ l'heure, dans quatre provinces différentes. C'est un gabarit republié, pas un marché.
Le pic de 130 offres de drones en 2024 est du même acabit.
Sur les 130 offres « drone » de juillet 2024, 127 portent le titre anglais drone technician — la même annonce, dupliquée dans un fichier francophone. Une lecture rapide de la ligne « 2024 » du tableau ci-dessus conclurait à un boom du télépilotage. Il n'y a jamais eu de boom : il y a eu un employeur et un formulaire.
Le mot n'existe pas dans la classification
Voilà le vrai constat, et il est plus lourd que le décompte.
Chaque offre du fichier porte un code de la Classification nationale des professions 2021 — le système officiel qui structure toutes les statistiques d'emploi au Canada, les programmes de formation et les volets d'immigration. Sur mes quatre fichiers, j'ai relevé 997 couples code + libellé distincts. J'y ai cherché les mots.
« Robot » : zéro libellé. « Mécatronique » : zéro. « Intelligence artificielle » : zéro. « Artificiel » : zéro. « Apprentissage automatique » : zéro. « Drone » : zéro. Le seul rescapé est la cybersécurité, qui a son code depuis 2021 — le 21220.
Alors les postes existants sont rangés ailleurs. L'ingénieur en robotique de Colombie-Britannique et l'ingénieur en mécatronique du Québec sont tous les deux classés 21301, ingénieurs mécaniciens. Sur les 40 offres liées à l'IA, 36 portent le code 21211, scientifiques de données — y compris les « concepteurs en IA » et le « spécialiste en apprentissage automatique ».
Ça a des conséquences très concrètes. Un métier sans code est un métier sans statistique : pas de salaire médian publié, pas de projection de main-d'œuvre, pas de ligne dans les outils d'orientation, pas de programme de formation calibré dessus. Il n'est pas rare — il est invisible. Et quand un conseiller, un parent ou un modèle de langage cherche « est-ce que la robotique embauche au Québec », il interroge un système qui n'a pas de case pour la question.
Bonne nouvelle : la CNP 2026 est en préparation, sa phase de recherche est terminée et les consultations sur les changements prévus sont ouvertes sur le site de la classification. C'est exactement le moment où ces cases se décident.
Ce que ça ne veut pas dire
Je serais malhonnête de m'arrêter là, parce que je sais où ce fichier ment — j'ai passé un billet entier là-dessus. Le Guichet-Emplois est le babillard fédéral, et les employeurs du numérique n'y publient pratiquement pas : pour obtenir une étude d'impact sur le marché du travail, un employeur doit y annoncer son poste, ce qui gonfle mécaniquement les secteurs qui embauchent des travailleurs étrangers temporaires. Le décompte ci-dessus mesure d'abord ce que le fédéral voit.
Et ce qu'il voit monter n'a rien de futuriste. Entre juillet 2023 et juillet 2026, pendant que le volume total du babillard chutait de 46 %, les offres de gardiens d'enfants en milieu familial sont passées de 570 à 978, celles de manœuvres à la récolte de 161 à 519, et celles de manœuvres aux soins du bétail de 209 à 480. Ce sont, avec les directions d'école, les plus fortes hausses en valeur absolue de tout le fichier. Sur la même période, les offres de développeurs et programmeurs sont tombées de 710 à 158, et celles d'ingénieurs en logiciels de 318 à 73.
Regarde ailleurs et l'image s'inverse. Indeed Hiring Lab rapportait le 8 juillet 2026 que les offres en développement logiciel ont augmenté d'environ 15 % depuis le lancement de Claude Code le 24 février 2025, alors que l'ensemble des offres reculait de 7 % sur la même période. Leur AI Tracker place la part des offres mentionnant l'IA à 5,9 % en 2026, contre un sommet antérieur de 3,3 % en 2022.
Même chose pour la robotique physique. La Fédération internationale de robotique a dénombré 542 000 robots industriels installés dans le monde en 2024, quatrième année consécutive au-dessus de 500 000. Sa mise à jour du 8 avril 2026 donne la densité 2024 : 1 220 robots pour 10 000 employés en Corée du Sud, 449 en Allemagne, 307 aux États-Unis, 241 au Canada, pour une moyenne mondiale de 132. Le Canada est au-dessus de la moyenne et sous ses pairs industriels — et ses installations ont reculé de 12 % en 2024, à 3 800 unités, dont 47 % pour la seule industrie automobile.
Autrement dit : la robotique canadienne dépend d'un cycle d'investissement automobile, pas d'une vague de nouveaux métiers.
Le métier ne naît pas, la tâche se diffuse
C'est la leçon que je retiens, et elle explique le zéro absolu sur « prompt ».
Le titre « prompt engineer » a été le métier du futur de 2023. Il n'est jamais apparu une seule fois dans 303 443 offres canadiennes. Ce n'est pas parce que la compétence a disparu — c'est parce qu'elle a été absorbée. Écrire de bonnes instructions à un modèle n'est pas devenu un poste : c'est devenu une ligne dans la description de postes qui existaient déjà.
Les données d'usage vont dans le même sens. L'Anthropic Economic Index de mars 2026 mesure que l'augmentation — l'humain et le modèle qui travaillent ensemble — représente 55 % des usages, contre 42 % pour l'automatisation complète. Et que 49 % des emplois ont au moins un quart de leurs tâches touchées, les programmeurs en tête à 75 %.
Un quart des tâches d'un emploi sur deux, ce n'est pas un métier qui meurt et un autre qui naît. C'est le contenu de presque tous les métiers qui se déplace, sans que leur nom bouge. Le Forum économique mondial arrivait à une conclusion voisine dans son Future of Jobs Report 2025 : 170 millions d'emplois créés et 92 millions déplacés d'ici 2030, avec les postes de bureau — caissiers, adjoints administratifs — en tête des déclins en nombres absolus.
Sur ce point précis, mes chiffres locaux concordent avec la prévision mondiale : les offres d'adjoints administratifs sur le Guichet-Emplois sont passées de 2 623 en juillet 2023 à 750 en juillet 2026.
L'étau se referme sur le junior, pas sur le métier
Deux sources indépendantes disent la même chose, et c'est ce que je répéterais à quelqu'un qui a vingt ans.
Indeed, encore : entre mai 2025 et mai 2026, 71 % de la hausse des offres en développement logiciel vient de postes seniors, et 37 % de postes qui mentionnent l'IA dans leur titre. La croissance est réelle et elle est concentrée en haut.
L'Anthropic Economic Index de juin 2026 approche la question par l'autre bout, en interrogeant les gens. Les travailleurs ayant 15 ans et plus d'expérience déclarent une part de tâches automatisables inférieure de 10 points à celle que déclarent les débutants. Et surtout : 10 % des répondants jugent probable de perdre leur emploi, mais un tiers craignent que leurs collègues juniors perdent le leur.
Le risque ne se répartit pas par métier. Il se répartit par niveau d'entrée dans le métier. C'est une conclusion beaucoup moins vendeuse qu'une liste de professions d'avenir, et beaucoup plus actionnable : la question n'est pas « quel métier choisir », c'est « comment franchir les deux premières années d'un métier dont les tâches d'entrée sont justement celles qu'un modèle fait bien ».
Et au Québec
L'Institut du Québec a publié le 15 janvier 2025 la première application québécoise de la méthode Frey-Osborne : environ 810 000 personnes, 18 % de la main-d'œuvre, occupent un emploi vulnérable à l'automatisation, réparties sur 96 professions, la fabrication en tête.
La ventilation est plus parlante que le total. Les 15-24 ans forment 24 % de cette main-d'œuvre vulnérable — une surreprésentation nette. Chez les 25 ans et plus sans diplôme, la proportion d'emplois vulnérables atteint 27 %. Chez les diplômés universitaires, 8 %.
Encore le même motif : ce n'est pas le métier qui décide, c'est la position dans le métier.
Quoi faire de ça
Si tu choisis une orientation, arrête de chercher le titre qui n'existe pas encore. Aucun des métiers du futur qu'on t'a listés n'a de code dans la classification canadienne, et deux d'entre eux sont des gabarits d'affichage. Choisis plutôt un métier qui a une case, un ordre professionnel ou un programme — génie mécanique, génie logiciel, science des données, cybersécurité — et ajoute la couche IA ou robotique par-dessus. C'est exactement ce que font les quatre postes réels que j'ai lus : ils sont codés comme des métiers classiques et rédigés comme des métiers nouveaux.
Si tu embauches, cesse de publier des titres inventés. Un « AI Solutions Ninja » n'est indexé nulle part, ne correspond à aucun code, et ne remontera dans aucun outil de recherche d'emploi sérieux. Le titre coûte zéro à changer et détermine qui te trouve.
Et si tu construis un produit qui conseille des gens sur leur carrière — c'est mon cas — retiens que ta source ne connaît que les métiers qu'on a pensé à nommer avant elle. Le silence d'une classification n'est pas une absence de débouchés. C'est une absence de case.
Quatre offres en robotique. Le chiffre est exact, je l'ai compté quatre fois. Ce qu'il mesure, c'est le retard du vocabulaire sur le travail.
Les dénombrements de cet article proviennent des lots de juillet 2023, 2024, 2025 et 2026 du jeu de données ea639e28 d'Emploi et Développement social Canada, publié sous la Licence du gouvernement ouvert – Canada. Les 303 443 lignes ont été comptées directement, sans échantillonnage. Les recherches portent sur le champ « Appellation d'emploi » et les libellés de la CNP 2021 associés.
Ce fichier du fédéral était impeccable. C'est exactement pour ça qu'il allait faire mentir mon produit.
J'ai compté les 51 999 lignes du lot de juillet 2026 du Guichet-Emplois. Aucun salaire manquant, 99,1 % de codes valides — et deux fois plus de cuisiniers que de toute l'informatique canadienne.
En mode IA-first, produire ne coûte presque plus rien — c'est valider qui devient le goulot
En IA-first, produire une première version ne coûte presque plus rien. Le travail se déplace vers le jugement, la sélection et la validation — c'est là, désormais, que se trouve le vrai goulot.
IA générative pour designers : arrête de parier ton workflow sur un modèle (Sora vient de mourir)
Le classement des outils d'IA générative change tous les trimestres — Sora vient de fermer, DALL-E a été remplacé. Plutôt que de parier sur un modèle, voici la méthode de praticien qui survit aux versions.